Envoi d’un courrier aux députés de Poitou-Charentes et Vendée

En réaction au rapport Rémi Caron remis en Juillet 2013 à Madame de la Culture la Ministre Aurélie Filipetti (voir l’article en page d’accueil de notre site), l’UPCP a adressé un courrier à tous les députés des régions où elle développe son action, afin de les alerter sur le contenu de ce document, dans lequel les langues d’oïl sont mises de côté, voire remises en cause en tant que telles, la préconisation de leur enseignement n’étant évoquée que dans le cadre … des cours de français !

Madame la Députée, Monsieur le Député,

L’Union pour la Culture Populaire en Poitou-Charentes-Vendée (UPCP-Métive) réunit une quarantaine d’associations sur l’aire linguistique de la langue poitevine-saintongeaise (dans ses deux variétés poitevin et saintongeais). L’UPCP se réjouit que l’Assemblée nationale ait adopté le mardi 28 janvier 2014 la proposition de loi constitutionnelle visant à ratifier la Charte européenne des langues régionales.

En 1999, Bernard Cerquiglini, directeur de l’Institut national de la langue française (CNRS), était chargé par le Ministre de l’Education nationale et la Ministre de la Culture d’établir une liste des langues de France concernées par la Charte européenne. Le rapporteur, après consultation de douze spécialistes, a considéré que les langues d’oïl devaient faire partie de cette liste : « L’écart n’a cessé de se creuser entre le français et les variétés de la langue d’oïl, que l’on ne saurait considérer aujourd’hui comme des ̋dialectes du français ̋ ; franc-comtois, wallon, picard, normand, gallo, poitevin-saintongeais, bourguignon-morvandiau, lorrain, doivent être retenus parmi les langues régionales de la France ; on les qualifiera dès lors de ̏langues d’oïl ̋, en les rangeant dans la liste. »

Malheureusement, un nouveau rapport, demandé par la Ministre de la culture à un Comité consultatif, ne considère plus les langues d’oïl comme directement concernées par la Charte, puisqu’il envisage leur enseignement éventuel dans le cadre du cours de français.

Le poitevin-saintongeais bénéficie actuellement d’un groupe de travail nommé par la région Poitou-Charentes et composé de conseillers régionaux, d’experts et d’associatifs. Des rencontres, des concours de littérature en poitevin-saintongeais sont régulièrement organisés. Des émissions de radios locales privées sont diffusées. Un enseignement est dispensé à l’université de Poitiers. Des interventions ponctuelles ont lieu dans les écoles à l’initiative de certains enseignants et d’associations. Des outils pédagogiques (dictionnaire, grammaire, documents audiovisuels…) ont été réalisés, notamment par Geste Éditions fondée par l’UPCP.

C’est pourquoi nous vous demandons, Madame la Députée, Monsieur le Député, de veiller à ce que le poitevin-saintongeais ne soit pas victime de discrimination, qu’il puisse à la faveur de l’adoption de la Charte européenne bénéficier :

1° d’un enseignement optionnel spécifique de la maternelle à l’université,

2° de la formation d’enseignants,

3° de l’ouverture d’une option facultative au baccalauréat,

4° d’émissions régulières de radio et de télévision dans le service public,

5° de l’aide à la création,

6° d’une place dans l’espace public.

Ces mesures, qui seraient mises en place progressivement, n’auraient pas un coût démesuré, contrairement à ce que certains laissent entendre, et ne remettraient nullement en cause la position du français comme « langue de la République ». Un enseignement du poitevin-saintongeais a d’ailleurs eu lieu dans plusieurs IUFM de la région pendant plusieurs années et des émissions télévisées ont été diffusées en 1985-1986 sur FR3.

Veuillez recevoir, Madame la Députée, Monsieur le Député, nos respectueuses salutations.

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